
Depuis le temps que je guettais ses posts avec frénésie, l’ouverture des portes de notre rue des Arts était une excuse toute trouvée pour prendre rendez-vous avec la pétillante Mamz’elle Roüge. Rencontre colorée et malicieuse autour d’un chocolat chaud virtuel.
Marie - Bonjour Mam’zelle Roüge, bienvenue au 17 Rue des Arts ! L’idée de ce blog tout neuf, c’est qu’il soit appréhendé comme un véritable lieu. Un endroit douillet et cosy où il fait bon venir de temps en temps. Et la première chose qu’on fait en arrivant quelque part, c’est se présenter. Alors est-ce que tu pourrais nous dire en quelques mots qui se cache derrière ce mystérieux pseudo ?
Céline – Bonjour Marie ! Alors alors, en bref, je m’appelle Céline, j’ai 26 ans et demi, et je vis à Lyon depuis une dizaine d’années. Je suis mi-graphiste, mi-illustratrice. J’aime me perdre dans les livres (avec ou sans belles images), me perdre dans les villes, coller des timbres à l’envers, et le chocolat noir à la framboise. Voilà qui devrait résumer à peu près qui je suis.
M - … et tu aimes bloguer, aussi ! D’ailleurs, en parlant de ton petit coin de toile, je voudrais bien que tu nous racontes un peu comment il est né. Et est-ce qu’à l’époque tu avais dans la tête d’en faire une interface qui pourrait te servir de tremplin vers le monde professionnel, ou est-ce que c’était juste un espace d’expression tout à fait amateur ?
C - En fait, j’ai créé mon tout premier blog en 2003-2004. A l’époque, j’avais ouvert un espace sur 20six.fr et j’écrivais des textes sous le pseudo Chaperon Rouge. J’avais un vrai besoin de faire sortir des choses de mon ventre avec des mots et en général, j’illustrais ça avec des photos de photographes dont j’adore le travail (comme Rebecca Tillett par exemple). Puis un jour, pour une raison X, j’ai illustré une note en faisant parler un petit personnage que j’avais créé sous les traits du petit chaperon rouge (un conte qui a largement marqué mon enfance…), c’est là qu’est née Mam’zelle Roüge en fait. Enfin, à ce moment-là, je n’avais pas du tout imaginé faire vivre et évoluer ce personnage avec moi. C’était une idée, comme ça. Et finalement, elle est restée. Avec le recul, je vois ça comme une sorte d’accouchement inconscient. Une façon de projeter une partie de mon imaginaire pour m’en libérer en quelque sorte. A partir du moment où j’ai commencé à avoir plus envie de m’exprimer à travers des images plutôt que des mots, j’ai fermé mon blog 20six, et j’en ai ouvert un second sur canalblog (l’actuel) il y a 2-3 ans environ. Par contre, je n’imaginais pas du tout que ça me permettrait de faire des rencontres professionnelles et que ça pourrait m’ouvrir autant de portes. En tout cas, au départ, je ne faisait pas ça pour “me faire connaître”, mais vraiment pour laisser s’échapper les images que j’avais dans le crâne et qu’elles vivent ailleurs, disons…
M - Du coup, est-ce qu’on pourrait dire que Mam’zelle Roüge le personnage, c’est en grande partie Mam’zelle Roüge l’auteure, que c’est des petits bouts de toi que tu dessines ?
C - Je mentirais si je disais que Mam’zelle Roüge n’a rien à voir avec moi. Je mêle du réel et du fictif. Du ressenti et de l’imaginaire. Là est la vraie liberté… Gommer la limite entre le vrai et le faux. Brouiller les pistes. Donner une image et laisser la personne qui la voit se l’approprier.
M - Plus je t’écoute parler, plus je trouve que l’adjectif “libérateur” que tu as utilisé tout à l’heure est à la fois très imagé et à propos. Des dessins cathartiques en quelque sorte…
C - Oui, c’est vrai. Même physiquement, c’est presque de l’art thérapie ce personnage-là. Le fait qu’elle n’ait pas de bouche par exemple a sans doute un lien avec le fait que je sois plutôt silencieuse et discrète. Alors que ce n’était pas du tout conscient…
M - J’aime bien cette idée de mélange dont tu parles, je trouve qu’elle correspond parfaitement à tes dessins. Tu dis que tu mêles du réel et du fictif, mais de manière plus pragmatique, tu mêles aussi du dessin et des photos et puis, de façon encore plus prononcée du dessin et du texte. Il y a un petit côté bric-à-brac que j’adore parce qu’on peut y revenir plusieurs fois, on trouve toujours quelque chose à voir, à découvrir, à réinterpréter. Est-ce que tu crois que tu pourrais nous expliquer un peu comment tu t’y prends pour faire “sortir” une illustration de ton “crâne “, pour reprendre tes mots ? C’est quoi la généalogie des dessins de Mam’zelle Roüge ?
C - Un des fils conducteurs de mon blog, c’est de travailler sur les thématiques proposées chaque semaine sur le site Illustration Friday. A la base, je m’étais dit que ça me permettrait de travailler l’illustration de façon régulière. Une sorte d’exercice académique. Ce qui m’a plu aussi dans ce site, c’est le principe-même fondé sur un mot / un angle de vue / un illustrateur. C’est très enrichissant de voir comment chaque artiste réussi à s’approprier un mot en fonction de sa culture, de son style, de sa technique de création. Du coup, dès que je peux, je réfléchis sur le mot proposé et j’essaie de créer un pont avec mes propres émotions ou ce que je vis au même instant. Une fois que j’ai trouvé le ton juste, l’image qui me semble la plus “judicieuse”, je crayonne vite fait tout ça puis je cherche des tissus, des papiers, des couleurs pour donner du relief à tout ça.
M - J’en profite, puisque tu parles d’un site collectif, est-ce tu as eu des rencontres “clefs” depuis ton entrée dans la blogosphère ? Des gens dont le travail t’a inspiré ou fait évoluer d’une façon ou d’une autre ?
C - Je ne sais pas si mes découvertes dans la blogosphère ont influencé mon travail, concrètement. Mes références sont plus cinématographiques, musicales et graphiques (mais des artistes que j’ai découvert à travers des albums jeunesse ou BD). Par contre, il y a des blogs dont je reste une inconditionnelle et que je suis depuis mes débuts sur 20six. Comme CaliRézo ou Bobi+Bobi. Deux demoiselles aussi fabuleuses personnellement que professionnellement.
M - Et tu peux nous donner quelques une de tes références essentielles alors ? C’est intriguant !
C - Oh, il y en a certainement qui sautent aux yeux… notamment mes influences burtonniennes. En tout cas, en ce qui concerne les traits de mon personnage (notamment au début) et une certaine attirance pour la poésie teintée de mélancolie. En ce qui concerne ma technique, c’est la découverte du travail de Lionel Le Néouanic et du collectif des Chats Pelés qui m’a donné envie de tester le collage, le kraft, le carton… tout ce qui tombe sous la main et qui n’est pas considéré comme très “noble” en art.
M - Et un petit peu de nostalgie aussi, non ? Il me semble qu’on retrouve souvent le thème des souvenirs d’enfance dans tes dessins. D’ailleurs, tu viens d’illustrer un livre pour enfants, Du vent dans mes mollets, publié récemment par Raphaële Moussafir. Tu peux nous en dire un peu plus sur cette nouvelle aventure ?
C - Oui, effectivement, la nostalgie de l’enfance est une de mes matières premières au même titre que le papier de récup’ ! Je suis quelqu’un de profondément nostalgique. Très ancrée dans le passé et incapable de me projeter dans un futur dépassant 7 jours (environ) ^^ Comme c’est un certain handicap dans la vie de tous les jours, il y avait sans doute une urgence à transformer cette nostalgie incurable en quelque chose de positif. Lui donner une forme et la faire revivre d’une certaine façon. La nostalgie, c’est sans doute ce qui m’a permis de rencontrer Raphaële. Lorsque j’ai lu ses deux romans il y a 2 ans maintenant, c’est ce qui m’a frappée. Sa façon d’aborder l’enfance et son humour. Ca me ressemblait beaucoup. J’ai eu un gros coup de cœur pour son écriture si spontanée. J’ai donc conseillé vivement aux gens de passage sur mon blog de lire les romans de Raphaële en faisant une petite illustration autour de tout ça. Là, le hasard (et la magie d’internet) ont fait qu’elle est tombée sur mon article et qu’elle a eu un coup de cœur réciproque pour mes illustrations. Elle m’a contactée et HOP, ça a été le début de la grande aventure. Un vrai cadeau pour moi en tout cas…
M - C’est joli de transformer ses faiblesses en art, j’aime la démarche ! Si tu pouvais me donner une idée pour transformer mon manque de ponctualité chronique en roman, je t’en serais éternellement reconnaissante !
C - Okay, si je trouve la formule pour la transformation, promis j’te dis ! ; )
M - Puisque tu évoques l’humour, parlons-en ! Je ne voudrais pas que cette interview donne l’impression que la poésie et la mélancolie sont tes seuls atouts. Parce que tu saupoudres aussi tes dessins d’une petite touche de sourire, de-ci, de-là. Je me souviens par exemple d’une illu’ qui m’avait beaucoup marqué à l’époque, sur un choix cornélien que toute fille à un jour à faire : garder la ligne ou engloutir tout un pot de Nutella. Au final, Mam’zelle Roüge finissait par choisir le Nutella… non sans équilibrer la décision calorique par une séance de corde à sauter ! Activité d’ailleurs bien choisie pour une Demoiselle tournée vers l’enfance ! =)
C - Ce que tu dis est juste à propos de l’humour. On aimerait avoir l’occasion d’exploiter un peu plus cette facette là si on entame un autre projet d’album avec Raphaële. C’est en discussion. Au quotidien, je suis très humour noir et absurde. Férue de détails surréalistes et décalés. Mais j’aime aussi l’humour à la sauce Margaux Motin ou Pénélope Jolicoeur, qui réussissent à transformer la routine en petites aventures d’une drôlerie absolue !
M - On a toutes une Pénélope en nous ! ^^
C - Oui, c’est bien vrai ! Et c’est ce qui fait le succès de son travail d’ailleurs ! : )
M - Et si Mam’zelle Roüge était chroniqueuse au 17 Rue des Arts, y’aurait-il un artiste en particulier qu’elle aimerait faire découvrir aux internautes ?
C - Alors, si j’étais chroniqueuse au 17 Rue des Arts, j’adorerais interviewer Négresse bleue : Ca fait aussi un bon bout de temps que je vais observer discrètement son travail. J’aime vraiment son univers. Ses couleurs. La poésie de son trait. Sa personnalité graphique. La façon dont elle choisit ses textes. C’est fabuleux…
M - Ma toute dernière question, pour finir sur une touche un peu moins terre à terre, va faire appel à ta fameuse imagination débordante ! Puisque 17 Rue des Arts c’est aussi un peu chez toi maintenant, tu crois que tu pourrais nous dire comment tu imaginerais les lieux s’ils devaient prendre forme ‘IRL’ ?
C - Je crois que je verrais ça comme une vraie adresse. Un immeuble convivial avec des voisins ravis de s’y croiser. La page d’accueil serait donc un immeuble au contour grossièrement tracé au pastel gras. Et puis chaque fenêtre serait différente car elle représenterait un médium. Par exemple une photo de fenêtre pour les photographes, un collage pour le scrapbook, une illustration minutieuse pour les dessinateurs… Oh et puis une belle boite aux lettres en bas pour laisser des mots doux dedans !
M - Merci tout plein Mam’zelle de m’avoir accordé un peu de ton temps, ce fut un vrai p’tit plaisir de discuter avec toi !
C - Plaisir partagé. Et merci de l’intérêt que tu portes à mon travail, vraiment !!! Et puis à bientôt, d’une façon ou d’une autre !
* Retrouvez Mam’zelle Roüge sur son blog et en dédicace ce mercredi (3 juin), au 116 rue Saint Maur dans le 11ème arrondissement de Paris à partir de 18h.




















Merci pour cet article, c’est un plaisir de mieux connaître Mam’zelle Roüge et c’est un plaisir de découvrir votre site ! Je reviendrai !
Très chouette de découvrir un peu mieux Mamz’elle Rouge, et votre site aussi. Je viendrais trainer ici plus souvent
Très belle interview, j’ai presque l’impression d’avoir été cachée dans un p’tit coin au moment de votre rencontre, c’est magique ^^
Bravo Marie pour cet interview qui m’a fait découvrir une jolie artiste pleine de poésie et d’humour mais surtout un “trait” et qui me fait entrer dans un monde (la BD) qui n’était pas le mien jusqu’à present et me fait changer d’avis sur ce genre que je qualifiais de” mineur!”
on peut dire beaucoup de choses avec un dessin !
l’interview n’était pas ennuyeux juste passionnant on a assisté à un bel échange
on en redemande