La folle aventure du Nanowrimo, acte I

La folle aventure du Nanowrimo, acte I

Charlotte vous parlait cet été des 10 000 words a night, défi scriptural et nocturne lancé par Gabrielle, qui consiste, comme son nom l’indique, à rédiger 10 000 mots d’une même histoire le temps d’une nuit.

Alors que l’été s’en est discrètement allé, que les arbres se mettent à l’ocre et que Novembre est à nos portes, revenons aux sources, car les Nuits de l’Ecritures sont directement inspirées d’un autre défi, plus fou encore, que les initiés appellent Nanowrimo.

Ce nom n’est pas celui d’une créature de la Terre du Milieu, du code que Dan Brown imagine planqué dans une toile de De Vinci ou d’un monstre peuplant l’imaginaire de Stephen King, mais la contraction de National Novel Writing Month. Dans les faits, on pourrait aujourd’hui l’appeler Innowrimo car le challenge qui suit est maintenant relevé et suivi par plusieurs dizaines de milliers de personnes, sur tous les continents. Sans doute parce que raconter des histoires, c’est une magie d’ordre universel.

nano

Mais au commencement, il y a 10 ans de cela, ils étaient 21. L’idée ? On la doit à Chris Baty, journaliste et écrivain américain, auteur notamment de l’indispensable “No Plot ? No problem !” (Pas d’intrigue ? Pas de souci !) un titre qui prend tout son sens dès lors que l’on sait en quoi consiste le Nanowrimo. L’idée donc ? Ecrire un roman de 50 000 mots (soit 200 pages ou 300 000 signes, dans le rapport mot / signes moyen du français) en un mois. Ce mois, c’est novembre, en ce qui me concerne, il est mon préféré depuis 2007, date à laquelle l’auteur-escargot que je suis s’est dit qu’elle allait tenter le coup.

Les règles sont aussi simples que celles communiquées à l’achat d’un Mogwai, et en même nombre :

- Vous devez écrire une histoire, de genre et de sujet absolument libres, mais le format ne doit pas être celui d’un scénario. (Pour cela il y a Script Frenzy, nous y reviendrons sans doute au printemps…)
- Si la prise de notes préalable est autorisée, vous ne devez avoir écrit aucun mot de prose du dit roman avant le premier novembre
- Pour gagner, il faut avoir écrit 50 000 mots avant que ne sonne minuit le 30 novembre (après, votre roman se transforme en Gremlin. Ou peut-être que je confonds avec une autre histoire.)

Pour gagner quoi, au fait ? (me demandent la plupart des gens à qui j’essaie d’expliquer ce que je fais en novembre.) L’innénarable satisfaction d’y être arrivée. Et le plaisir du voyage. Telle est la philosophie du Nanowrimo, qui ne procède à aucune vérification et demeure ouvert à tous. Parce que le concept de tricherie ou même de compétition n’a pas grand sens quand c’est le plaisir qui constitue le carburant d’une entreprise quelle qu’elle soit.

Brut de décoffrage, l’idée parait certes insensée. 50 000 mots en 30 jours, c’est 1 666 mots / 4 pages à la journée. Journée qui par ailleurs, comprend toujours quelques triviaux impératifs tels que dormir, manger, aller travailler, faire un brin de ménage, voir des gens, nourrir le chat…

Quand bien même la naissance de ce roman serait possible, de quel genre de torchon accouche-t-on en un seul mois de gestation ? Le bébé ne peut être que prémarturé, malformé… voire mort-né.

Et pourtant ça marche. Et le résultat surprend. Ecrire 50 000 mots en 30 jours, c’est écrire sans se relire, avancer sans (presque) jamais regarder en arrière. Au choix, vous aurez planifié à l’avance votre roman du mieux que vous pouvez, ou vous vous livrerez à un exercice constant d’improvisation narrative. A moins que vous ne mêliez les deux… Mais l’un des aspects les plus intéressants du Nano tient à ce que la démarche même d’écrire prenne une approche complètement différente. La liberté finalement de la contrainte, et ce manque de temps finit par obliger à l’audace, à la prise de risque, à écrire des choses inhabituelles dans un style qui n’a pas toujours été le notre…

Et puis bien sûr, il y a cette formidable énergie collective, qui ne vous condamne pas à abandonner votre solitude si elle est nécessaire à votre inspiration, mais vous fait faire partie d’un tout, fil d’une toile d’idées, de muses et de mots qui se tisse dans le monde entier. Là où l’on s’imagine saisit par l’angoisse, on se retrouve transporté par l’idée même de challenge. participant Et par les milliers de plumes qui partagent l’expérience, créant une exaltation invisible et pourtant presque matérielle, appréhensible. Pensez donc, pendant que vous êtes là, devant votre clavier, des milliers d’autres romans, histoires, personnages sont en train de prendre vie ! Autant de pages blanches remplies, ça fait vite sauter l’angoisse de la votre. Vous êtes à vrai dire si peu seul que tout au long du mois, vous est donnée la possibilité de lire les interviews quotidiennes de participants, d’écouter la ‘Nanoradio’, et comble du plaisir, vous recevez des mails de “pep talk” d’auteurs (américains) dont la propre expérience prouve que tout est possible. L’an dernier, Janet Fitch et Philip Pullman, entre autres. A noter que le forum des Nuits de l’Ecriture met d’ailleurs en place pour l’événement 2 nuits et demi en novembre !

D’ici là, je m’en retourne à la rédaction de documents officiels et ennuyeux, histoire d’etouffer un peu mes muses pour qui le Premier Novembre semble être, finalement, encore bien loin. En espérant avoir titillé les votres, auquel cas les inscriptions, c’est par là. Bon voyage !

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