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David se fait peur et aime ça.

Appartement en plein centre ville de Bruxelles. Il est tard. Dehors, les gens entrent dans les bars, commandent du vin, de la bière, des cocktails et s’apprêtent à passer une nuit blanche. C’est un samedi, quand même. Pourtant, dans cette appartement qui d’habitude vibre au bruit de l’agitation extérieure, le silence règne. Il prend sa place mais il est confortable, personne ne sent ses jambes trembler à l’idée de devoir le combler avec des âneries.
Enfin, la chaine hifi fonctionne. Le cd est inséré, le bouton play est appuyé et la musique de Sharko résonne dans la pièce et nous rappelle à quel point il est bon parfois de juste s’installer sur un divan, boire une tisane et oublier tout le reste.
Molecule est le titre de l’album, et nous écoutons I need someone en boucle, avant d’enchaîner sur No Contest.

Life in a doubt
It’s gotta be a test I suppose
Close to midnight
Oh we should find a nest, a way out

Before I lose my head, I’ll make you find
Before I lose my head, I’ll make you notice
Before I lose my head, I’ll make you find
I’ll make you notice that…
No contest I am the best

Si aujourd’hui je parle de Sharko, ce n’est pas tellement pour la musique du groupe dont je reste assez admirative (oui, amis belges, hard critiques ou autres, tous ceux qui fustigent la pseudo scène rock belge, commencez donc à me taper dessus !), mais plutôt pour discuter le journal de David Bartholomé, le chanteur et compositeur du groupe. C’est également le monsieur au centre de la photo (j’offre un point d’orientation, attention).

Ce journal est disponible sur le site officiel du groupe et est brutalement honnête. Drôle, aussi. Souvent actualisé. Ca papote sur la musique du groupe, sur la musique d’autres groupes, sur la promotion, sur tout et rien à la fois. David Bartholomé se lâche.

La preuve, un petit extrait datant du 28 novembre :

(Ouais, tous ces commentaires à la con que nous devons supprimer tous les jours: “Salut Sharko. Cool ton son! Notre album sort le 4! Viens l’écouter sur ma page!” ou encore “Flora s’offre à toi pour 15,00 € la minute” ou encore “Festival Rock-mon-Kaktus à Esch-sur-Alzette ce dimanche, entrée gratuite pour ceux qui ont déjà 4 grammes d’alcool dans le sang!”. Agh. Mouais. Bigre. J’te jure, Myspace fout le camp.)

Plus récemment, dans l’entrée du 22 décembre sur U2, il termine par une note plutôt cocasse :

Bref. Au-delà de ça: bravo U2 pour ne pas avoir changé de line-up depuis 1977, pas de divorce, pas de dispute notoire, pas de disque solo, bravo pour l’union, les chansons à la pelle, les maisons à Los Angeles, à Dublin ou dans le monde entier, les sociétés en Hollande pour éviter les taxes, les kilomètres de ligne de coke, le prix Nobel de la paix convoité, le phasme qui se tape Naomi Campbell, haha, nan, j’rigole, sorry. Sérieux, bravo U2. Sans eux, Coldplay serait toujours un groupe de cave à vins et Gwyneth Paltrow serait toujours célibataire. Et sans eux, Cali n’aurait jamais eu l’idée de faire de la politique, haha, oh sorry hein, on peut rire ici?

Si il peut parfois se lancer en free style comme ça (et paraître prétentieux, force est de l’avouer), il n’en reste pas moins qu’il peut se montrer sérieusement ému par la musique et qu’il possède une véritable envie de communiquer ses peines, ses doutes mais aussi ses bonnes humeurs.

26 octobre 2007 :

Cher journal, être sur scène et avoir les poils de bras partout sur une chanson qu’on a joué 50.000 fois et qu’on connait trop par coeur… C’est un sentiment de bien-être inénarrable.
“Minute”… Le riff reggae de “Rip Off”… La fin de “Car Was”…
Ne point être accablé par l’ennui de les re et re et rejouer depuis des lustres, au contraire fi, sentir le frisson bienveillant sciatique-nuque.
L’adrénaline absente… Plafond, t’es pas gent’.
Journal, tu m’attrapes pas.

Il est indiqué clairement sur le site officiel que l’album « Molecule » a été réalisé alors qu’il était en pleine dépression et il évoque ce passage sans pudeur aucune en décrivant les paroles et les aventures en studio. Là, on peut se glisser dans un débat sur l’intimité et ce qu’il est bon de partager ou pas, mais ce sera peut-être pour plus tard et certainement pas dans cet article.
Lisons plutôt ce qu’il dit en évoquant « Sweet Protection », dont les paroles discutent l’enfance de manière dure :

My mama said it’s gonna be hard many times
But think of me and the love I meant to give
And remember how it looks super shy
The way you grabbed molecule anyhow
I never noticed what kind of love she could have meant
I didn’t know that it meant depend on me

Ca démarre ainsi, sans autre intermédiaire. David se lance dans sa vision de la chanson, ses souvenirs du passé (l’album a débarqué chez les disquaires en 2007) .

En studio, souffrance. Réalisation difficile.
Pas techniquement,… psychologiquement.
Et la plus dure à composer en plus. Une plaie.
J’avais le beat de batterie depuis 1997. Tu t’rends compte?
Trainait par ci, trainait par là.
Un coup par ci, un coup par là.
Mais j’avais le texte. Ca aide.

Enfin, l’extrait du journal que je garde pour la fin tellement je l’ai aimé, surtout pour son aspect doux-amère, ce mélange de tristesse mais aussi de bonheur incroyable que nous avons tous ressenti un jour :

Cher journal, dernièrement, je ne te le cache pas, ai fait des concerts solo. Dont un l’autre soir à l’Atelier 210 à Bruxelles. Et cher journal, j’adore ça; je me sens vivre, vibrer, improviser, en totale liberté, je casse le cadre, je sors du champ, je chante à même la salle, je raconte, je disserte, je fais des blagues, je passe l’aspirateur, je me lance dans des introductions de chansons sans queue ni tête et je me fais peur, je me fais peur, sur la corde raide, au bord du vertige, je me fais peur et j’aime ça.


Si les artistes peuvent nous toucher via une chanson, une peinture, une vidéo ou une photographie, ils peuvent aussi le faire en utilisant ce que nous offre de manière si délicate le web : les à côtés, ces petits ‘bonus’, fragments de vie qu’ils nous offrent. Nous pénétrons un instant dans leurs esprits pour les quitter aussitôt, et jamais nous ne pourrons nous mettre à leur place ou les comprendre tout à fait… Mais quand même, c’est toujours beau d’essayer, c’est toujours bien de les lire et de se dire « Ah, eux aussi ? » parce qu’au fond, nous créons toujours pour parler de nous, mais également pour que les autres nous écoutent, et pas seulement pour qu’ils nous entendent.

Le site de Sharko à visiter ici (rubrique “Journal”) : http://www.sharko.be/

Quelques mots de fin :

Ce recueil d’entrées de journal, au final, est désormais disponible en librairie mais tout est accessible sur le web.
Un titre lui est donné : « Journal, ou comment en voulant grimper, j’ai construit une échelle en abattant un arbre au lieu de monter à l’arbre ».

Si le but de la chronique n’est pas de centrer le propos sur la musique du groupe de David Bortholomé, ce serait dommage de se quitter sans vous filer quelques liens Youtube où des chansons sont à votre disposition :

Le clip de Sweet Protection

Enfin, la chanson qui me plait le plus et qui a de nombreuses fois été chantée en concert par une foule déjà séduite par Sharko :

No contest

Le voilà, en train de la chanter en live, sourire quand la foule se met à taper des mains et les encourager à hurler tous ensemble : « I am the best ! ». Une bonne humeur contagieuse.

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