17 Rue des Arts

Interview

"Le temps d'un souffle", une rencontre avec Paule Gautier.

Une chronique écrite par Charlotte, le 14 Septembre 2010


Elle fait partie de ces pionniers qui se sont inscrits sur le 17 rue des arts le jour de son ouverture, le 1er septembre. Et déjà, deux semaines après son inscription, Paule Gautier laisse entrevoir un univers artistique riche, pétillant, avec un poil de spontanéité. J'ai eu un vrai coup de cœur pour la manière dont sincérité et folie se mêlent dans ses photos, et lui ai posé quelques questions pour en savoir plus.


Du haut de ses 22 ans, cela fait tout de même 7 ans que la photo est devenue une passion pour Paule. "Ayant pour mère une peintre amateure, j'ai vite été plongée dans l'univers des couleurs et des formes. Malheureusement, je n'ai vraiment aucun talent pour le dessin. Je me rappelle de séances passées avec ma mère devant ma feuille de papier, ne comprenant pas pourquoi je n'y arrivais pas, et terriblement déçue de mes dessins qui ne ressemblaient pas du tout à ce que j'avais en tête. J'ai eu mon premier petit compact à 15 ans, et ça a été le déclic, je pouvais enfin réaliser les compositions que j'avais en tête. Puis j'ai eu envie d'aller plus loin, au-delà de la photo statique. Quand j'ai reçu mon réflex pour mes 18 ans, j'ai vraiment commencé à faire de la photo."

Bien qu'elle ait déjà expérimenté la photo argentique ("avec mon zenit, la marque concurrente de Leica à l'époque de l'URSS, un vieux trucs qui date de Mathusalem donc et qui pèse trois tonnes"), sa préférence va à la photographie numérique. Non pas à cause des logiciels de retouche photo qu'elle n'utilise finalement que très peu, mais plutôt parce qu'elle n'a "jamais appris à développer moi-même, et quand on donne ses clichés à développer, on est rarement vraiment satisfait du résultat, parce qu'on aurait contrasté un peu plus ici, recadré là, etc... et puis, pauvre étudiante que je suis, les coûts sont considérables." L'appareil qu'elle utilise aujourd'hui est un Nikon D50, muni de trois objectifs : un 18-55mm, un 55-200mm, et une lentille fixe de 50mm qu'elle a ajouté à sa panoplie "pour pouvoir faire des portraits et expérimenter avec la profondeur de champ". Pas d'artifice, finalement, dans la manière de faire de la photo de Paule. Lorsqu'elle joue avec la lumière, c'est le plus souvent la lumière naturelle. Les retouches qu'elle fait parfois "se limitent aux réglages de contraste et de saturation; parfois un peu de recadrage".

Paule ne se prend pas au sérieux pour autant. Ce qu'elle recherche, c'est avant tout "Le jeu! Mes études n'ont rien d'artistique, du coup c'est d'abord un moyen de me détendre, de partir loin du quotidien en m'amusant." L'expérimentation la conduit également à réaliser de nouvelles œuvres. "J'adore explorer les possibilités que peut offrir cette petite bête qu'est mon appareil photo. Trouver une technique, puis rechercher une mise en scène, une ambiance qui pourrait mettre cette technique un maximum en valeur."

Si la spontanéité et le hasard ont toute leur place au moment de presser le déclencheur, chaque photo, série, est pensée en amont. "J'ai souvent une « intuition de base » qui va se concrétiser (ou pas d'ailleurs) pendant que je photographie." Lorsque Paule part en voyage, "je vais arpenter les rues, puis je me positionne dans un endroit où la lumière et le cadre sont particulièrement beaux, et j'attends que le sujet vienne se mettre dans mon champ de vision." De la même manière, le choix du mode couleur ou noir & blanc est, le plus souvent, murement réfléchi. "Il y a des situations qui se prêtent plus pour le n/b, d'autres demandent de la couleur, tout dépend si on veut mettre l'accent sur les formes, la géométrie, ou sur le rendu des couleurs. Je prévois en général à l'avance quel genre je vais utiliser, même si après il m'arrive de changer d'avis (et vu que je photographie toujours d'abord en couleur, ça ne pose pas de problème)."
Et de même lorsqu'elle fait poser un modèle, il s'agit de personnes de son entourage. "Souvent, j'ai une vague idée de ce que je veux faire, puis je me demande quelle personne pourrait coller, et enfin cette-dernière se fait harceler jusqu'à ce qu'elle se rende !" Une photographe têtue, donc, qui, lorsqu'elle a une idée bien ancrée dans la tête, fera en sorte de l'imprimer sur la pellicule.


On l'aura compris, Paule a une multitude d'idées qui lui fourmillent dans la tête et qui la guident dans la réalisation de ses clichés. Mais finalement, que prend-elle en photo ? Sa galerie sur le 17 rue des arts en donne un aperçu, et lorsque je lui pose la question, elle explique.

"Je m'oriente toujours vers le sujet humain au final, même quand je prends des photos de nature morte, j'essaye souvent de leur insuffler un peu de vie. Sinon je n'ai pas vraiment de style préféré, c'est une question d'état d'âme, de phase, d'envie... et ça serait un peu ennuyeux de se cantonner toujours au même style, si original soit-il, non? En fait, c'est moins un style (d'ailleurs, dès que je sens que je m'enlise dans un genre, je vais vite voir ailleurs) que je recherche que de pouvoir exprimer des histoires ouvertes. J'aimerais bien que mes photos interrogent, comme si l'instant représenté n'était pas figé, mais qu'on sente qu'il y a une suite du mouvement. C'est pour cela que j'aime beaucoup les photos de Duane Michals, qui justement réfute l'idée qu'une photo puisse raconter toute une histoire à elle toute seule, et va de ce fait en aligner plusieurs les unes à côté des autres pour en faire une narration." Les photos de Paule ne sont "jamais finies" pour reprendre ses mots, et laissent une place à l'interrogation, pour que chacun, en regardant ses clichés, se prête à imaginer la suite de l'histoire qu'elle a commencé à raconter.

De la même façon, ses séries se construisent au fil de l'idée et sont composées de photos qui se complètent les unes les autres. "J'avais par exemple envie de faire des photos avec une femme dans un carton avec des talons aiguilles en ville, après les endroits et les positions sont venus en arpentant les rues. Réflexions postmodernes est tout simplement un regroupement de photos loufoques, et elles n'étaient pas destinées à être regroupées. La série Absence par contre est une série où je me suis creusée les méninges pour chaque photo en pensant à la mettre en relation avec la thématique."

Si la photo est un art souvent très personnel (partager le regard particulier que l'on porte aux choses, aux gens) Paule n'hésite pas à travailler et avancer en collaboration avec d'autres. "J'ai mon amie Emilie, avec qui j'élabore souvent de nouvelles mise en scènes. Elle est aussi pour moi une conseillère incontournable, et j'attache beaucoup d'importance à son jugement, car même si nos styles sont très différents, c'est elle qui me fait avancer."

Paule n'est pas à cours d'idée. Elle ne se pose pas de limites et n'hésite pas à imaginer tous les possibles, y compris les idées les plus barrées. "J'ai par exemple toujours voulu reprendre le principe du photo-roman et l'adapter à ma sauce, et « copier » Rimbaud en faisant une photo pour chaque voyelle... Et aussi combiner des photos avec le son d'une photocopieuse... Et explorer la double-exposition... mais tout ça est en maturation. Généralement je ne me jette pas sur l'idée qui me vient, j'attends... et si l'idée me titille toujours au bout de quelques mois, alors je vais la réaliser (ça me permet de me faire un peu un tri dans mes envies) !"


Alors je ne sais pas vous, mais moi je vais me faire un plaisir de suivre les nouvelles tribulations de cette jeune photographe sur son espace du 17 rue des arts, mais aussi sur son site perso ou son compte Flickr.

Connectez-vous pour commenter
    Aucun commentaire pour le moment.

L'auteur

Charlotte

Statistiques

  • Publié le Mardi 14 Septembre 2010
  • Mis à jour le Mercredi 15 Septembre 2010
  • Vues : 551
  • Fans : 3
  • Commentaires : 0

Fans

  • Yerem
  • Florence
  • trisakela
3 au total

Partager