L’histoire que je vais vous conter, je l’ai vécue par les mots d’un vieux pécheur habitant tout au bout de la rue de la Meule à l’Île-D’yeu. Cela me troublait pour deux raisons, je n’avais pas mis les pieds sur l’ile où nous avions pris l’habitude de partir en vacances chaque été avec mes parents depuis mon enfance et parce que je ne suis ni chroniqueur, ni journaliste pour recueillir les confidences d’un vieil homme. La curiosité seule, me poussait à accepter.
J’ai débarqué au port de Joinville sur l’Île-D’yeu, ce matin, par le ferry de neuf heure quarante-cinq au départ du port de Fromentine. Le ciel était clair, le vent portait le sel et l’iode de l’océan et le bruit des vagues me rendait ces sensations encore plus vivantes. C’est un être magique qui respirait et je retrouvais, débarquant sur le ponton, le sentiment de mon enfance à vouloir prendre mon souffle sur le rythme des vagues. J’y voyais alors je crois, une force sans âge invisible et magnifique derrière chaque rouleau qui allait s’écraser sur la jetée comme si cette pulsion lente était la garantie même de sa puissance.
Le vieux pêcheur se faisait appeler le père Bonnet quand bien même il ne fut pas croyant pour deux sous. Sa maison était basse au toit de tuiles et à la façade blanchie à la chaux. Un petit bout de jardin jouxtait l’arrière de sa maison davantage pour y prendre un repas à l’abri du vent qui pouvait forcir malgré l’enclave naturelle du port que pour y faire pousser quoique ce soit de comestible. C’est là que l’histoire commença.
Le timbre de sa voix était celui d’un homme ayant fumé la pipe trop longtemps. Le père Bonnet portait une salopette de mécanicien sur un pull à rayures horizontales bleues marines. Le regard était affuté, enfoncé dans des rides profondes creusées par le soleil de la mer lors de ses innombrables journées de pêche.
Je vous ai appelé parce que je connaissais bien votre grand paternel du côté de votre père. Ça a toujours été un bon gars avec moi plus que les autres d’ici. Peut-être me voyait-il comme un étranger comme il l’était. M’enfin, j’ai retrouvé votre numéro et puis je suis bien content que vous soyez là. Personne ne me croit ici avec toutes mes histoires et j’en ai marre d’attendre. Nous allons prendre les vélos, j’en ai fait préparer un pour vous, cela facilitera ce que j’ai à vous dire.
Tout a débuté il y a bien longtemps maintenant, plusieurs millénaires sans doute mais tout n’est pas encore fini. On pourrait parler de légende vivante si vous voulez, bien que vivant n’est pas le mot utilisé par les Îslais. Ils parlent de billevesées alors je me défends contre eux car il n’y a rien de plus vrai et de plus vivant pour moi qui les ai vu comme je vous vois. Un petit peuple vivait ici en tout quiétude, les Fradets, des sortes de petits lutins. Ils continuent à vivre en quelque sorte. On les disait joueur et amusant à la fois, qu’aussitôt une petite farce faite, une bonne action s’en suivait. Il reste ici encore un peu d’eux, leur temple que nous appelons Dolmen, c’est leur principale trace réelle. Pour eux, l’Île était bien grande et suffisait largement à leur bonheur. S’il partait à l’autre bout, c’était comme pour des vacances pour eux, un peu comme nous, lorsque nous traversons la France pour changer un peu d’air.
Kjuyh Pjui était sans doute la plus belle des Fradettes depuis les premiers temps de la danse du monde selon le jugement de tous. Elle était légèrement plus grande que la plupart de ses sœurs, les yeux avaient une forme légèrement plus proche des fruits de l’amandier, arbre révéré chez les Fradets, que ses cousines, le teint légèrement plus rose que les plus belles fleurs de l’aubépine, des yeux légèrement plus bleus que l’océan lorsqu’il émet sa longue vague sur la plage des vieilles. Elle était légèrement plus en tout point, ce qui la rendait presque divine au dire de certains.
Mais sa beauté avait gâché ce qu’avait de plus précieux un Fradet, une âme vivante enivrée de plaisirs, de sourires, de joies et de rires. Jamais Kjuyh Pjui ne fit un pas de côté pour bloquer comme exprès la route d’un villageois, jamais ils ne la virent cacher une aiguille à tricoter d’une voisine ou bien préparer une tarte pour le grand père qui vivait un peu plus en retrait. Elle ne faisait qu’une chose à longueur de temps, de jour comme de nuit, se plaindre en tout point et en tout lieu ou sinon ce qui pouvait parfois même sembler pire, se taire. Qu’il s’agisse des commérages la concernant, des chaparderies la ciblant, des présents lui étant offert et même des compliments qu’un autre Fradet tentait pour lui apporter un peu de baume au cœur, rien ne servaient ni à la brusquer ou à l’émouvoir. Elle restait triste et belle.
Le cœur ! Voilà bien ce qu’elle n’avait pas, comme si, il avait été éparpillé en mille morceaux pour la rendre fantastiquement belle, un petit bout de cœur pour les yeux, un petit pour la taille, un petit pour les lèvres. Enfin, c’est ce que nous avons cru. Personne dans le village ne comprenait. Le guide spirituel avait tout essayé. De nombreuses cérémonies qui de près ou de loin auraient pu la sauver ou de moins arranger les choses étaient restées sans effet. Car c’était bien de cela dont il était question, sauvée la belle Kjuyh Pjui, car son manque de vie pouvait être une faiblesse pour le village entier. Les Fradets n’avaient pas de plus grand ennemi que le temps qui passe et toute joie portée au cœur des uns et des autres les immunisait contre lui. Des runes de revitalisation avaient été déposées aux angles de sa maison, des cérémonies de l’éveil normalement adressées aux Fradets accidentés avaient été conduits, des charmes du renouveau ornaient toujours le moindre de ses vêtements. Rien ne semblait fonctionner, elle était aussi imperméable aux intentions de sa famille qu’à la magie maintes fois éprouvés en des temps bien plus obscures.
Kjuyh Pjui passait la plupart de son temps seule, en retrait du village, revenait qu’a contre cœur pour les repas communautaires qu’elle prenait aussi vite que possible avant de s’en retourner rêveuse, la tête bien loin du sol. Quand on lui demandait ce qui n’allait pas, elle répondait invariablement qu’il ne se passait rien. A cette réponse quelque peu sibylline, certains s’imaginaient qu’elle ne voulait pas se confier à eux, d’autres, qu’elle-même ne savait ce qui se passait. La vraie réponse sans doute était qu’il ne se passait rien dans le village qui différenciait un jour d’un autre et que cela l’ennuyait le plus profondément. Ceci expliqua sans doute pourquoi ils découvrirent un beau matin, qu’elle était partie. Imaginer le remue-ménage qu’elle avait ainsi causé, peut-être qu’en voyant cela, en aurait-elle été affectée. Les rumeurs allaient bon train allant critiquer les frères et sœurs, parents et amis qui n’avaient pas su la retenir auprès d’eux ou bien voir ce qu’il se préparait. Elle avait tout laissé derrière elle. Sa pierre, son logement pour ainsi dire ne montrait aucune trace d’un quelconque enlèvement. Elle n’imaginait pas à quel point dans une communauté de Fradets, le moindre individu était nécessaire pour en garantir l’unité. La mort de l’un d’entre eux coïncidait toujours avec une naissance, la tristesse de la perte équilibrait le bonheur du nouveau venu. Les choses en avait toujours été ainsi depuis aussi longtemps qu’ils s’en souviennent. Le fait qu’elle soit partie n’est pas la chose la plus grave, les Fradets pouvaient partir à l’autre bout du monde si ça leur disait, ils sentaient la présence des autres à des distances incroyables mais ils ne la sentait plus car elle s’était exilée et avait rompu tous les liens.
Nous étions à ce moment du récit près du dolmen des petits Fradets. Le temps avait travaillé la pierre tachetée de lichen jaunit durement creusant autant de rides que d’années et bien que la pierre centrale fut brisée en son centre, une sensation de pouvoir et de force émanait encore du lieu comme si dans cette sorte de cimetière des temps anciens, les esprits des Fradets rôdaient encore. Les hautes herbes en cachaient les pieds mais semblaient respectées l’ouvrage et ne s’approchaient pas trop près comme pour en préserver l’intimité ou bien parce que quelques Fradets encore vivant travaillaient encore à la sauvegarde de leur temple. Je demandais au père Bonnet depuis quand la pierre était brisée. Il répondit un très vague, très longtemps qu’il répéta encore plus doucement pour en souligner le très grand nombre d’années qui était passé. Nous enfourchâmes ensuite nos vélos. Ce n’était que le début de l’histoire….
Le village organisa alors une battue pour la retrouver. Ils se vêtirent chaudement, préparèrent de quoi se nourrir au cours de leur voyage même si la nature bien abondante ne les décevrait pas en cas de manque. Ils prirent également de quoi faire de la lumière et plus important tous les charmes qu’ils pouvaient emmener avec eux, ceux contre les faux pas, les faux-pas sages, et les plus importants, les faux passages et les faux-pas pas sages. Ce n’étaient après tout pas les seuls êtres magiques de l’Île. Ils entonnèrent un chant joyeux car cela renforçait leur lumières et écartaient plus sûrement que tout autre bruit, n’importe quel danger.
Ahaha mais qui vlà
La lumière, la lumière
Ahaha mais qui vlà
La lumière, De la joie
Ahaha de la joie
Qui vlà, de la lumière !
Ce n’est bien sûr qu’une pale traduction mais qui reflète bien le bonheur d’être un Fradet même en temps difficile. Ils longèrent la côte vers le nord, évitant soigneusement d’abord toutes les zones en contrindication pour leurs âmes. Il y a en effet sur l’Ile-D’yeu des endroits où il ne fait pas bon aller quand on est un Fradet même si tout une compagnie s’y présente. C’est ainsi que le village des Tabernaudes est prohibé. Ce site est le premier village des Fradets. Un jour, une violente tempête à l’origine inconnue secoua l’Île si fort que les énergies s’en trouvèrent déplacées au point que les Fradets prirent dix ans de vie en un seul instant. Les jeunes enfants prirent tout de suite la forme d’adulte et les Fradets déjà vieux… moururent. Ils durent partir vers un endroit plus sûr.
Le dolmen des Tabernaudes se trouve près de l’anse des broches au nord-ouest de l’ile. Il n’est pas facile de se figurer les fastes qu’avaient pu connaitre ce village tant les pierres qui sont autant de maison pour chaque Fradet étaient recouvertes d’herbes. La différence par rapport au précédent site était très forte à mon esprit. D’un côté un site détruit mais vivant et de l’autre un site bien conservé mais complétement désert.
En tout cas, nous n’imaginâmes pas un seul instant qu’elle ait pu s’enfuir dans cette direction. Nous contournâmes donc la zone pour arriver au cœur de l’ile où se dresse aujourd’hui le fort de la pierre levée, un immense menhir. L’endroit a été bien malmené pour les Fradets car il ne reste désormais qu’un morceau de ce gigantesque mégalithe mais le nom est resté, Fort de la pierre levée. Arrêtons-nous un instant, mes cannes ne sont plus celles de votre jeunesse.
En ces temps reculés, il n’y avait encore rien ici, pas même le menhir. Nous sommes presque au cœur de l’Île-D’yeu. L’endroit était alors charmant à plus d’un titre. Une clairière naturelle s’ouvrait sur un ciel tapis d’étoiles, les pins gonflaient l’atmosphère des parfums de leurs résines. Reposer sur l’herbe fraîche que les vents salins ne parvenaient pas à embaumer complètement avec ce spectacle et ses odeurs, donnait une sensation de se retrouver ailleurs, sur une autre Île, sur une autre planète. Une fois toutes les cent rotations du soleil, nous nous réunissions ici et menions une fête encore plus gigantesque que d’habitude. Nous dansions pendant une révolution lunaire entière comme s’il ne s’agissait que d’une heure, nous fêtions les nouvelles unions et les nouvelles naissances à venir. La joie transpirait par toutes les feuilles, les brins d’herbes, par chaque pierre présente autour de nous.
Le père Bonnet me paraissait à moitié fou, par sa croyance en ces êtres mystiques et maintenant son identification à l’un des leurs. Mais je gardais pour moi mes remarques et continuais d’écouter.
Kjuyh Pjui n’était pas là. L’endroit nous paraissait alors plus fade que jamais. J’avais perdu ma sœur et cela me bouleversait plus que jamais. Mon malheur se communiquait malheureusement légèrement aux autres comme une réaction en chaîne et voyant leur malheur, je ne parvenais pas à chasser l’idée d’un malheur plus grand encore. C’est à ce moment-là que mes cheveux devinrent blancs comme si j’avais trente fois mon âge réel. Nous continuâmes alors plus avant, plus à l’est vers le domaine des corbeaux.
Nous reprîmes alors les vélos.
Les corbeaux étaient sans doute les êtres étrangers avec qui nous avions le plus d’échanges. En ce temps, ils n’étaient pas encore des oiseaux mais des êtres mi-terriens mi-aquatiques, des corb’eaux. Ils répondirent à notre appel.
Ils avaient bien vu une Fradette courant dans la nuit, les cheveux scintillant sous l’éclat de la Lune, les joncs se courbaient devant elle comme pour lui laisser passage. Des gouttes s’échappaient d’elle. Des gouttes ? Des larmes…Elles étaient si belles, ces larmes sous les étoiles reflétaient tant d’univers encore inconnus. Elles kaléidoscopaient tant de couleurs vivantes et changeantes. Les gouttes étaient restées accrochées à chaque herbe écartée par son regard. Les Corb’eaux y virent comme un présent qu’elle leur avait fait à tous, d’autant plus que le nombre de larmes correspondait exactement aux nombre d’être de leur peuple. Lorsque la larme avait coulé le long de leur gosier, ils avaient pleurés à leur tour, ils sentaient une joie si immense, un amour si profond pour le ciel sans âge qu’ils se sentirent pousser des ailes. Ils devinrent noirs comme la nuit avec deux yeux brillants comme deux étoiles, reflets de l’amour projeté par Kjuih Pjuih.
Cet épisode jeta mon peuple dans un état de réflexion intense. C’est donc qu’elle avait un cœur et c’est pour ça que les charmes n’avaient pas opérés. Plus important, nous n’avions pas vu qu’elle ne savait pas comment l’exprimer et nous n’avions pas pu l’aider dans cette tâche. C’est loin de nous qu’elle y parvenait plus forte que notre peuple réunit pour donner des ailes aux Corb’eaux devenus corbeaux.
Nous lui coururent après longeant la côte. Nous avions perdu la notion du temps, ne sachant plus si le soleil allait bientôt se coucher ou bientôt se lever pour finalement arriver au vieux château. Représentez-vous à quoi pouvait ressembler l’endroit alors. L’océan était moins haut et les roches granitiques et noirs comme la nuit s’étendaient immenses faisant un tarmac naturel. D’immenses vagues en fouettaient les côtés, l’océan rugissait alors d’une colère que nous ne comprenions pas. Le vent gonflait les cheveux de Kjuih Pjuih Elle se trouvait là à quelques dizaines de pas de nous. Elle nous tournait le dos mais savait très bien qu’on était là. Elle était déjà magnifique, elle l’était encore bien plus en ce moment précis. Elle était presque translucide tant le noir du sol humide éclairé par la lune mourante et le soleil naissant contrastait avec la blondeur de ces cheveux. Elle se mit à dire à son nom, à le répéter comme pour inscrire en nos esprits son propre désir pour que nous ne l’oubliions pas. Elle se mit à le crier encore et encore KJUIH PJUIH KJUIH PJUIH KJUIH PJUIH ! Elle se mit à courir de plus en plus vite en direction de l’océan. Les autres la suivaient criant également son nom. C’était un capharnaüm si complet que je restais en retrait regardant le spectacle de mes frères et de mes sœurs qui cavalaient derrière elle croyant en la plus fameuse blague qu’un Fradet ait pu concevoir. Arrivée au bout de la jetée de pierre, elle ne tomba pas. Elle brassa l’air gracieusement de ses bras et s’envola. Les autres ne s’arrêtèrent pas et se transformèrent à leur tour. Ainsi naquirent les oiseaux que vous appelez des mouettes. Lorsque je voulu m’élancer, il était trop tard. Le sol de granite se fissurait déjà, la peur pris le pas sur mon élan et je restais net stoppé dans ma course. Le reste s’effondrant sur place. Mes frères revinrent et me couvrirent de leurs cris pour me rassurer et me faire comprendre que je serais le témoin de leur majesté et leur histoire. Je crois que j’ai réussi à rire à nouveau. Je pris le plus gros morceau de la jetée que je pouvais transporter et le ramena au cœur de l’Île-D’yeu. La plus grande maison qu’un fradet n’ait jamais eu. Je ne m’en suis rendu compte que plus tard que je m’étais également transformé. J’étais devenu homme avec mes doutes, mes craintes, mes accès de colère, de joie et de bonheur aussi. Je ne pouvais plus rentrer dans ma pierre. Le temple s’était brisé et les maisons de mes frères s’étaient comme désagrégées comme pour gommer leur existence. Je ne peux plus rentrer dans les pierres. Je sens encore parfois leur chaleur mais je ne sais plus comment faire. L’histoire d’un vieux fou devez-vous vous dire. Mais je ne vous ai pas appelé seulement pour m’écouter mais pour m’aider. Je n’ai pas perdu la notion du temps et je sais que le mien arrive à sa fin. Il me faut m’envoler à mon tour comme mes voisins corb’eaux et mes frères et soeurs Fradets. Comment faire ? Il reste un bout de la piste d’envol mais je n’ai plus la force pour prendre le dernier morceau et l’emmener au vieux château, à l’ancienne piste…
Vous me prendrez peut-être pour un fou d’avoir accepté de commettre ce délit. Mais voir les larmes roulées sur les joues de cet homme me touchèrent au profond de mon âme comme jamais je ne l’aurai cru possible et le sourire qu’il a eu lorsque j’acceptais de l’aider ! Des instants comme ça valent bien toute une éternité. A ce moment précis, j’ai cru en lui, en ce qu’il était et en son histoire. Nous attendirent simplement la fin de la journée et avec une remorqueuse du garage d’à-côté, nous harnachâmes le bout de menhir qui devait bien peser dans les huit tonnes. Je me demandais comment il avait fait même s’il était plus jeune alors pour transporter un menhir qui au complet devait bien faire le triple. Eveillés pas le bruit des moteurs en plein milieu de la nuit, les voisins aux alentours nous crièrent après, descendirent nous demander des comptes. Nous venions juste de finir et partîmes aussi vite que nous pouvions direction le vieux château. Nous riions alors comme jamais je n’ai ris et jamais je n’ai entendu rire. Le rire d’un Fradet est magnifique et vous emporte si loin de la terre comme vous volez déjà. Certains avaient pris leur moto d’autres leur voitures et d’autres encore leurs vélos, toujours à nos trousses. Arrivés au château dont l’ombre des ruines peut bien paraître menaçante semblait alors plutôt rassurante un peu comme un vieil ami qui vous voit arriver et semble dire, te voilà enfin, je t’attendais.
_ Que faisons-nous ? Lui-demandais-je complètement excité
_ Tu n’as plus qu’à regarder !
_ Et la pierre ?
_ C’était pour voir si tu croyais en moi et tu crois en moi et en mon histoire. Je sais désormais que je ne suis pas le dernier. C’est toi maintenant qui sera le dernier Fradet.
J’échappais alors une larme qu’il prit prestement du bout de son doigt.
_ Tu vois, je n’avais besoin que de ça. Il l’a mis aussitôt à ses lèvres et courût vers le large criant le nom de sa sœur Kjuyh Pjui. Les gens derrière moi qui regardaient interdit étaient saisis d’effroi. Le père Bonnet tomba mais j’attends encore le bruit de sa chute. Nous ne retrouvèrent pas son corps. J’habite désormais au bout de la rue de la Meule et je peux jurer que lorsqu’une mouette vient sur le pas de ma porte et crie Kjuyh Pjui comme une invitation, je sais que le père Bonnet n’est pas bien loin, qu’il a retrouvé sa sœur, qu’il a retrouvé son peuple.
Un petit conte pour un concours raté de peu (enfin vous avez la version améliorer suite aux commentaires positifs et engagents des membres du jury)
