17 Rue des Arts

Prologue

Prologue

 

Maya courait depuis environ dix minutes lorsqu'elle arriva au pied de la colline, mais il lui semblait que sa course avait durée plus d'une heure.

Elle avait l'impression que la pluie qui tombait en trombes s'immisçait sous sa peau et gelait ses os. Les rafales de vent tournoyaient autour d'elle comme si elles avaient la volonté de la faire reculer.

La masse de la colline se dressait devant elle, menaçante dans l'obscurité.

Elle se rappela les heures qu'elle avait passées au sommet avec son époux. En été, sous le soleil, lorsqu’elle était enlacée dans les bras d'Aldéron, cette colline lui paraissait alors beaucoup moins effrayante qu'à présent.

Mais c'est surtout ce qu'elle risquait d'y trouver qui lui faisait peur.

Bien que la pente soit douce, la terre humide qui se dérobait sous ses pieds rendait sa progression difficile. Elle fut obligée de s'aider de ses mains pour garder l'équilibre.

Plusieurs fois, ses pieds glissèrent et elle se retrouva le visage dans la boue, enfonçant ses doigts dans le sol pour se relever.

Lorsqu'elle arriva enfin au sommet, une masse sombre allongée au sol attira tout de suite son regard. Elle se figea un instant. Ses doutes étaient confirmés. Elle sentit son cœur tambouriner dans sa poitrine, comme s'il allait en sortir. Bien qu'elle ne puisse voir à cette distance de qui il s'agissait, elle savait que c'était Aldéron.

Elle avança lentement dans un premier temps, puis accéléra le pas. La pluie redoublait d'intensité.

Elle se jeta sur le corps et le prit dans ses bras. Aldéron était inconscient, mais il respirait encore, péniblement.

Elle le serra tendrement contre sa poitrine et sentit les larmes couler sur ses joues.

Le temps semblait s'être arrêté. Plus rien n'existait autour d'elle, ni le froid, ni la pluie, ni le vent dont elle percevait à peine le hurlement. Elle ne sentait que la chaleur d'Aldéron et sa faible respiration. Elle resta dans cet état second pendant plusieurs longues minutes, tentant de se convaincre elle même que tout ceci n'était qu'un cauchemar.

Cependant, ses sens aiguisés par des années d'entraînement la tirèrent de sa torpeur :l'autre était encore là, tout près.

Elle releva la tête, écarta une mèche de cheveux mouillés qui s'était collée sur son visage. La violence des gouttes de pluie qui fouettaient sa peau l'obligeait à plisser les yeux. Elle parvint tout de même à distinguer une silhouette à quelques mètres devant elle.

Un éclair zébra le ciel à cet instant, révélant le visage de cet homme qui l'observait. Il s'agissait d'un adolescent. Il avait peut-être seize ans, à peine plus. Pourtant, son visage était terrifiant : il avait un regard de dément, dur, fixe, avec les pupilles dilatées. Des veines faisaient saillie sur son front. De longs cheveux sombres étaient plaqués par la pluie en travers de son visage.

Il se tenait droit, rigide face au vent, les bras ballants de chaque côté de son corps. Il portait une longue veste noire qui claquait au vent.

Mais ce qui terrifia le plus Maya, c'est qu'il souriait à pleines dents, comme si ce qu'il s'apprêtait à faire allait lui procurer un immense plaisir.

Il leva lentement son bras, index tendu vers elle et lui cria :

- A ton tour maintenant !

Maya se redressa et lui fit face. Elle était prête à l'affronter. Si elle devait mourir, ce serait en combattant. A cet instant, elle ne craignait plus pour sa propre vie. Elle eut une dernière pensée pour Shara et ses autres enfants puis se jeta sur son adversaire.

Chapitre 1

Les derniers rayons du soleil glissaient timidement sur l'immense citée de Pyxis qui s’étalait fièrement dans la plaine. Les grands immeubles de la capitale tentaient vainement de projeter leurs ombres sur les énormes montagnes qui dominaient l'est de la ville. La légère brise qui soufflait dans la vallée ne parvenait pas à rafraîchir l'air surchauffé de cette soirée de printemps.

Les ombres s’allongeaient dans l’étroite ruelle, augmentant ainsi son obscurité. Les quelques lampadaires qui se trouvaient à proximité ne semblaient pas encore décidés à illuminer la rue de leurs lueurs blafardes.

Dans le coin le plus sombre, à l'abri des regards, deux soldats tenaient Faïgon fermement tandis qu'un troisième le rouait de coups. Jamais il ne s'était senti si impuissant. Habituellement, il était beaucoup plus prudent et ne s’aventurait jamais dans le labyrinthe des étroites ruelles de l'ancienne zone industrielle sans prendre ses précautions.

D’ordinaire, les soldats de l'armée du Nitaï n’étaient jamais discrets : même lorsqu’ils étaient en planque, ils arrivaient toujours à se faire remarquer.

Sûrement parce qu’ils ne peuvent pas s’empêcher de frimer, pensa-t-il.

Il se maudissait encore de s’être laissé surprendre. Mais au fond de lui-même, il savait qu'il n'aurait rien pu faire : ces quatre là étaient différents. Ils n’avaient fait aucun bruit, aucun mouvement, même léger, qui aurait pu trahir leur présence. Leur rapidité et leur façon d’agir au moment de l’attaque pouvaient laisser croire que ces hommes faisaient partie d’une unité d’élite et qu’ils avaient été préparés pour ce genre d’assaut surprise.

Malgré les coups qu'il recevait, Faïgon ne quittait pas des yeux l’homme qui le frappait. Il savait qu'il ne pourrait jamais oublier ce visage qui ne laissait transparaître aucune émotion. Ses traits semblaient avoir été gravés dans l’acier le plus dur. Son regard froid plongeait dans celui de sa victime, comme pour lui montrer à quel point il était déterminé. Faïgon comprit à cet instant que cet homme, qui portait le grade de lieutenant, n’aurait aucune hésitation à le tuer.

Il essaya alors de voir où était Jodie. Le quatrième soldat tentait de l’immobiliser contre le mur. La jeune fille se débattait du mieux qu'elle le pouvait, compliquant ainsi la tâche de son agresseur.

Elle semblait si fragile, telle une proie se débattant entre les griffes d’un horrible prédateur. Faïgon avait l’habitude de se prendre des coups et, au fond, cela ne le lui faisait plus rien. Mais l’idée que Jodie puisse être violentée ou même blessée lui était insupportable. Elle était tout pour lui.

Il se souvint du jour où il l’avait rencontrée : il avait douze ans, elle en avait treize. C’était au cours de l’une de ses visites quotidiennes dans les quartiers riches de la ville, à la recherche de nourriture. A cette époque, les grandes et belles maisons blanches construites juste avant la guerre avaient été vidées et pillées par les soldats. Jodie était assise sous le porche de l’une d'entre elles. Elle pleurait, la tête enfouie dans ses genoux recroquevillés contre ses épaules. Elle portait une jolie robe d’été d’un bleu très pâle. Sa longue chevelure brune contrastait avec le blanc éclatant des murs de la maison.

Faïgon s'était assis à côté d'elle, sans un bruit. Ils restèrent un long moment ainsi, côte à côte, sans dire un mot. Puis Jodie avait levé la tête et plongé son regard humide, d'un bleu clair presque transparent, dans ses yeux.

A cet instant, Faïgon comprit qu'elle était sa seule raison de vivre. Il ne pouvait pas supporter de la perdre. Et encore moins qu’on lui fit du mal.

 

Le lieutenant Kaïtos ressemblait à tous les officiers de la terrible armée du Nitaï : il arborait fièrement son uniforme bleu et blanc dont les larges épaulettes en acier scintillaient dans l'ombre telles deux grandes lames de rasoir.

Issu d’une famille riche, il avait fréquenté les meilleures écoles. Mais il avait toujours été la bête noire et la risée de ses camarades qui se moquaient de sa timidité et de sa petite taille. Les plus grands le frappaient sans cesse. Lorsqu’il rentrait chez lui avec ses vêtements déchirés, sa mère se mettait toujours dans une colère noire et le punissait.

C’est alors que survint la guerre. Lorsque tout le pays fut occupé par l’armée du Nitaï, il ne put s’empêcher d’admirer ces grands soldats, fiers et cruels, qui n’hésitaient pas à éliminer ceux qui leur manquaient de respect. C’est pourquoi, à seize ans, il entra à l’école d’officiers, à la grande joie de ses parents qui virent là l’occasion pour eux de mieux fréquenter les nouveaux dirigeants du pays. Quand on lèche les bottes, pensait-il, on se soucie peu du changement de propriétaire, du moment que la pointure reste la même.

Mais Kaïtos ne s'intéressait pas aux problèmes politiques. L’armée était pour lui, comme beaucoup d’autres jeunes engagés, un moyen de devenir quelqu’un et d’être respecté. Et surtout il savait que cela lui permettrait de se venger de tous ceux qui l’avaient humilié.

Il sortit de l’école à dix huit ans en tant que lieutenant et avait à présent une section d’élite de vingt hommes sous ses ordres.

Il se sentait très puissant.

Il était très puissant.

Et les gens puissants étaient respectés.

Kaïtos regardait sa victime droit dans les yeux. Ce jeune garçon devait avoir le même âge que lui, une vingtaine d'années tout au plus. Il ressemblait à tous ces jeunes qui traînent dans les rues, sans but et sans avenir. Pire que des moins que rien : des parasites qu'il faut écraser.

Sous prétexte de faire un peu d'entraînement, le jeune lieutenant aimait se balader avec quelques-uns de ses hommes le soir dans les ruelles sombres des bidonvilles et de l'ancienne zone industrielle. Ils tombaient souvent sur ces bandes de jeunes voyous. Comme il était facile de leur tendre des embuscades. Et comme il était facile pour Kaïtos de terroriser ceux qui habituellement fanfaronnent et font si peur aux civils des beaux quartiers.

Mais celui-là n'était pas comme les autres. Kaïtos venait de lui asséner une vingtaine de coups au visage. Le jeune homme avait les joues gonflées et rougies, sa lèvre supérieure et son arcade sourcilière gauche saignaient. Et pourtant il ne baissait toujours pas les yeux devant son bourreau. Au contraire, il le fixait et son regard était emplit de colère. Kaïtos savait ce que cela signifiait : ce garçon ne le craignait pas. Et cela l'énervait au plus haut point car il aimait inspirer la peur à ses victimes : cela lui procurait un sentiment de puissance.

Non seulement le jeune imbécile qui se tenait devant lui n’avait pas peur, mais en plus, il savait que si ses soldats ne le tenaient pas, ce parasite n'hésiterait pas à lui sauter dessus. La peur incite au respect et sa victime ne le respectait pas.

Cette arrogance le mettait hors de lui, même s’il ne le montrait pas. Peut-être qu’après avoir tué ce vaurien d’une balle dans la tête, il se sentirait de nouveau craint et respecté. Il en éprouverait même du plaisir.

Il jeta un regard à la jeune fille. Elle était plutôt jolie. Elle se débattait comme une tigresse. Il commençait à s'impatienter, mais ne résista pas à l'envie de jouer avec les nerfs de sa victime :

- Je vais te crever, petit con. Et après, on se tapera tous ta copine !

 

Jodie s'immobilisa. Elle regardait Faïgon, les yeux remplis de larmes.

S’il avait été seul, Faïgon se serait défendu de toutes ses forces. Il savait qu’il serait parvenu à en avoir au moins deux avant de se faire descendre. Mais il était trop tard maintenant, Jodie était entre leurs mains et il n'y avait plus rien à faire. Il lui cria alors :

- Sauve-toi, ne t'inquiète pas pour moi, vas-t-en !

Jodie ne bougea pas. Elle continuait à regarder Faïgon fixement. Son regard emplit de larmes semblait lointain, comme si elle s’était plongée dans un rêve pour ignorer la réalité. Il ne pouvait plus lire que le désespoir dans ses yeux.

Faïgon devint fou de rage. Il se mit à se débattre de toutes ses forces en hurlant :

- Laissez la partir, bande d'enfoirés !

Ses paroles ne firent que provoquer l'hilarité des soldats. Il avait beau se débattre, les deux cerbères qui le tenaient fermement ne lâchaient pas prise. Et Faïgon était à bout de forces après s'être pris tant de coups .

 

L’obscurité devenait presque totale. La faible lueur des lampadaires qui venaient juste de s’allumer ne parvenait pas à se frayer un passage dans les ténèbres de l’étroite ruelle.

Soudain, une voix s'éleva, résonnant contre les murs, comme surgissant de nulle part :

- Lâchez-les, tout de suite !

Les quatre soldats, surpris, se retournèrent. Un jeune homme se tenait devant eux, dissimulé dans l'ombre. Il semblait aussi jeune que Jodie et Faïgon, environ une vingtaine d'années. Il avait des cheveux bruns très longs qui tombaient négligemment sur son visage. Il portait une tenue de combat, comme celles des pratiquants d'arts martiaux, mais grise et très sale qui lui donnait l'allure d'un mendiant.

Le lieutenant se mit à rire de façon sarcastique :

- A qui tu parles comme ça toi ? Allez, dégage si tu veux pas crever !

L'inconnu ne sembla pas impressionné par ces paroles. Au contraire, il continuait à fixer le lieutenant d’un regard sombre, les yeux à demi-dissimulés par sa chevelure abondante. Il répéta calmement son ordre, en appuyant sur chaque syllabe :

- Lâ-chez-les !

Kaïtos, hors de lui, saisit son arme, bien décidé à abattre cet insolent. Mais, à peine l'avait-il sorti de son étui que l'inconnu se jeta sur lui, lui tordit le poignet et lui envoya son coude au visage. Kaïtos recula en arrière et en lâcha son arme.

L'un des deux soldats qui tenaient Faïgon se précipita alors sur l'inconnu mais ce dernier évita son coup de poing et, profitant de son élan, lui saisit le bras pour le projeter contre un mur.

Kaïtos surgit alors et tenta de frapper le jeune homme par derrière, mais ce dernier lui envoya un coup de pied en plein visage.

Kaïtos vacilla. Le choc l'avait à moitié assommé mais il était déterminé. Il se jeta de nouveau sur le jeune inconnu et frappa avec son pied au niveau de la hanche puis au visage. Son adversaire bloqua les deux coups et enchaîna immédiatement un coup de pied au visage puis dans l'abdomen. Cette dernière attaque projeta Kaïtos au sol.

Faïgon, qui n'était plus tenu que par un seul soldat, profita de l'occasion : il lui mit un coup de talon sur le dessus du pied et le frappa au visage avec sa main libre. Le soldat recula et Faïgon projeta son genou directement entre ses jambes. L'homme se plia en hurlant de douleur et Faïgon l'assomma en le frappant sur la nuque des deux mains.

Puis, il se retourna et avança lentement vers le dernier soldat, qui tenait toujours Jodie. L'homme, qui se retrouvait seul, sortit son arme et la mit sur la tempe de sa victime :

- Recule, sinon je la bute !

Soudain, le jeune inconnu surgit sur sa gauche et lui envoya un puissant coup de pied au visage. Le soldat percuta le mur et fut assommé.

Jodie se précipita dans les bras de Faïgon.

Kaïtos, qui venait de se relever, se précipita sur son arme. Voyant cela, Faïgon appela l'inconnu :

- Viens vite, on se casse !

Ils se précipitèrent dans une ruelle adjacente, juste au moment ou Kaïtos tirait dans leur direction. Ce dernier, fou de rage, couru à leur poursuite et vida son chargeur en hurlant. Mais les fugitifs avaient déjà bifurqué dans une autre direction. Ses trois hommes étaient à terre. Il décida de ne pas s'aventurer plus loin dans ce véritable labyrinthe obscur.

- Je vous retrouverais. Vous me le paierez ! cria-t-il, en vain.

  • l'histoire d'un jeune homme de vingt ans, dans un futur pas très lointain, qui a été élevé par un grand maître d'arts martiaux. Après avoir survécu à une attaque de son camp, il va partir à la recherche des coupables. Au cours de ses aventures, il va découvrir des légendes basées sur le pouvoir des étoiles... http://algedi.over-blog.com/

    Discussion

    Connectez-vous pour commenter
    • Nere
      Nere le 25/04/2011 à 00h55
      Comptes tu faire de l'écriture ton métier ?
      Si oui, as tu protégé ton texte, ou au moins le scenario ?
      Je te demande ça car c'est mon cas, et même en ayant protéger mon roman, je rechigne à le publier sur internet.
      • Algedi
        Algedi le 25/04/2011 à 08h14
        Salut ! pour l'instant c'est juste une histoire que j'avais envie d'écrire juste pour le plaisir. C'est vrai que j'aimerais la voir publier, mais je ne suis pas encore à me dire que j'en ferais mon métier. En tout cas tout a été déposé donc pas de problème ;)
      • Nere
        Nere le 25/04/2011 à 10h48
        Ok, c'est bien ça. Tu as utilisé Copyright France ?
      • Algedi
        Algedi le 26/04/2011 à 21h12
        non, je connais mais j'ai déposé auprès de la société nationale des auteurs-compositeurs
    • Yerem
      Yerem le 14/04/2011 à 00h01
      Question de curieux : ton roman est en cours d'écriture ou tu l'as déjà terminé ?
      S'il est en cours de création, ça va être super intéressant d'en suivre l’avancement :)
      • Algedi
        Algedi le 14/04/2011 à 00h06
        toujours en cours d'écriture. J'ai publié 16 chapitres sur mon blog mais j'en suis au double
      • Yerem
        Yerem le 14/04/2011 à 00h07
        OK ! Et tu as commencé quand ?
      • -_-
        -_- le 14/04/2011 à 01h36
        et à combien comptes-tu t'arreter ? .. tu as un plan avec une description de chaque chapitre ou tu avances au gré de ton imagination ? tu as prévu plusieurs volumes ?
      • Algedi
        Algedi le 14/04/2011 à 21h15
        oui le plan général de l'histoire est fait, je sais où je vais et il y aura probablement plusieurs volumes !
      • -_-
        -_- le 14/04/2011 à 22h50
        juste pour savoir, je suis curieux, ça fait combien de temps que tu travailles dessus ? parce que tu as déjà pas mal de contenu, c'est assez impressionnant !
      • Algedi
        Algedi le 14/04/2011 à 23h15
        j'ai vraiment commencé à écrire en 2008 mais j'ai l'histoire en tête et certaines scènes et personnages depuis très longtemps !

    Fans 1

    • Kumo

    Partager

    Statistiques

    • Publié le 11 Avril 2011
    • Mis à jour le 11 Avril 2011 à 22h23
    • Vues : 495
    • Fans : 1
    • Commentaires : 11