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nous sommes tous des faiseurs de ciel
"Nous sommes tous des faiseurs de ciel" n'est pas un livre.
C'est une boîte.
Sauf qu'évidemment, il est difficile de vous proposer de fouiller dans cette boîte, puisqu'entre nous il y a un écran.
Alors il va falloir imaginer.
Nous, on ne fait que vous proposer des éléments de cette boîte, mélangés, sans chronologie aucune, et parfois sans date (mais ça devrait venir).
En ce qui concerne l'histoire, c'est celle d'Agnès, celle de Marco, et celle aussi un peu d'autres gens.
Belle découverte !
Journal de Marco (1990)
Lyon – j’ai pris mon billet sur un coup de tête, j’arriverai demain matin. Il est tard, parfois je me demande ce qui me prend, d’où me viennent toutes ces idées, tous ces désordres intérieurs, ces bouleversements, ces besoins de changement de direction. La funambule sur les trottoirs, ça n’a jamais été moi. Trop tordue. La fatigue pulse sous ma peau – a-t-on déjà entendu parler de sommeil en retard récupéré dans un train de nuit ?!
Valence – que vais-je faire à Bordeaux ? me laisser déborder…
Montélimar – je me demande si les gares sentent le nougat comme la gaufre à Bruxelles. Nous n’avons pas le temps de descendre.
Orange – comme la terre est bleue.
Avignon – j’ai faim. Je me souviens de Nicolas qui confondait la faim et le sommeil quand il était petit. Je ne suis pas petite.
Nîmes – ou peut-être que si.
Montpellier – nuit en miettes, je dors de ce sommeil qui épuise plus qu’il ne repose. Des minutes d’absence à moi-même, comme autant de chutes pas amorties.
Sète – j’ai rêvé de Brassens. Note ce qu’il faudrait qu’il advînt de mon corps… Je me demande si...
Béziers – je suis mélancolique, c’est poisseux, ça recouvre la peau d’un film qu’on n’a pas envie de regarder deux fois. Et mes métaphores ne ressemblent à rien.
Carcassonne – pourquoi faut-il que les contrôleurs contrôlent les billets à quatre heures du matin ? Peut-être qu’ils n’aiment pas être les seuls éveillés. Ou qu’ils ont peur du noir.
Toulouse – terminus du train. Ma correspondance attend déjà. Dehors, dans le matin minuscule, ma respiration était nuageuse, j’aime l’hiver pour ça, nous sommes tous des faiseurs de ciel.
Montauban – il pleut, je colle mon front à la fenêtre. C’est froid.
Agen – à jeun… j’ai faim, cette fois j’en suis certaine. Les noisettes grignotées au bord de la nuit me semblent loin comme Lyon maintenant. J’écris pour passer le temps.
Bordeaux – personne ne m’attend sur le quai mais je n’ai dit à personne que je venais.
M.
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- Publié le 06 Décembre 2011
- Mis à jour le 06 Décembre 2011 à 22h59
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